« Si je ne me raisonnais à certains moments, je crierais à qui voudrait bien l’entendre qu’Haïti est le plus beau et le plus ravissant pays du monde et que les Haïtiens représentent un peuple beau, grand et magnifique. (...) » Jean Métellus Haïti une nation pathétique -

Jacques Roumain : un fleuron de la littérature haïtienne

Jacques Roumain est né le 4 juin 1907, à Port-au-Prince. Issu d’une famille aisée : son grand-père, Tancrède Auguste, a été président d'Haïti de 1912 à 1913. Il fréquente des écoles catholiques à Port-au-Prince et ensuite étudie en Belgique, en Suisse, en France, et en Allemagne. À vingt ans, il revient en Haïti et il créé La Revue Indigène: Les Arts et La Vie avec Philippe Thoby-Marcelin, Carl Brouard et Antonio Vieux, dans laquelle il publie des poèmes et des nouvelles.

Très actif dans la lutte contre l'occupation américaine d'Haïti (entre 1915 et 1934. Il fonde en 1934 le Parti Communiste haïtien. En raison de ses activités politiques, de sa participation au mouvement de résistance contre la présence américaine, et, surtout, de la création du Parti communiste haïtien, il est souvent arrêté et finalement contraint à l'exil par le président Sténio Vincent.

Pendant ses années d'exil, Roumain travaille et se lie d'amitié avec de nombreux écrivains et poètes de son époque, comme Langston Hughes. Il fréquente également l'université Columbia à New York. Après le changement de gouvernement en Haïti, il est autorisé à revenir et fonde le Bureau National d'Ethnologie.
En 1942, le Président Elie Lescot l'investit d’un poste de diplomate à Mexico. Il compléte à cette époque deux de ses livres les plus influents: le recueil de poésie Bois D'ébène, et le roman magnifique Gouverneurs de la Rosée – un des fleuron de la littérature haïtienne -, dont le succès est survenu plus tard (il ne s’est vendu qu’à un millier d’exemplaires la première année).

La majorité du travail de Roumain exprime la frustration et la rage d'un peuple qui a été piétiné durant des siècles. Il incluait tous les Haïtiens dans ses écrits, et appelait les pauvres à s'unir contre la misère.

Le 18 août 1944, Jacques Roumain, l'un des écrivains les plus respectés d'Haïti, mourut d'une crise inconnue à l'âge de 37 ans. Son œuvre continue d'influencer la culture haïtienne et panafricaine en générale.

Source Wikipédia


Pour une présentation plus affective de Jacques Roumain, ci-dessous, un extrait du texte Mon Roumain à moi de Jean Métellus :

Jacques Roumain sera toujours Jacques Roumain. Point n’est besoin de l’encenser pour tenter de renforcer son auréole. Il se suffit à lui-même. Ni d’essayer d’égratigner son image. Personne ne l’a tenté, à ma connaissance, avec un minimum de succès. Heureusement. Car quoi de plus gratifiant, de plus satisfaisant, de plus beau et de plus agréable que de compter parmi les siens un être d’exception. Je me contenterai de raconter les circonstances de ma rencontre avec les écrits et la pensée de ce créateur, de dire le rôle qu’il a joué dans mon parcours et les horizons qu’il m’a dévoilés.Je n’avais jamais entendu parler de Jacques Roumain à l’école primaire des Frères de l’Instruction Chrétienne à Jacmel. Mes instituteurs, laïques ou religieux, obéissaient, je le crois maintenant, à des instructions qui ne considéraient pas à sa juste valeur l’apport de cette oeuvre à l’éducation de la jeunesse. De telles consignes visaient d’ailleurs l’ensemble des écrivains haïtiens dont aucun n’eut droit à quelque attention de la part des enseignants que j’ai connus.J’ai dû attendre la quatrième année de lycée pour découvrir la pensée et l’œuvre de ce grand Haïtien. C’est d’ailleurs de façon latérale par l’intermédiaire d’un avocat professeur de lettres et d’histoire au chômage, que j’ai fait cette découverte. Ce professeur de lycée sans emploi n’était autre que Jean-Jacques Dessalines Ambroise qui venait d’épouser une filleule de ma mère, Lucette Lafontant, fille aînée de Mr. Et Mme Massillon Lafontant. Progressivement mes liens avec Jean-Jacques se sont développés, resserrés, amplifiés et c’est Jean-Jacques qui m’a mis entre les mains le maître livre de Jacques Roumain : Gouverneurs de la rosée. De là datent mes premières relations avec Jacques Roumain et aussi mon départ dans la vie intellectuelle. Grâce à Jean-Jacques Ambroise, j’ai pu lire tout ce qu’il y avait de disponible dans l’œuvre de Roumain et créer une sorte de " Roumanomania " dans la jeunesse du lycée, mais avec beaucoup de circonspection. Car dans le milieu de petite classe moyenne du lycée Pinchinat de Jacmel, circulaient toutes sortes de vieux préjugés sur le comportement et l’enthousiasme communiste de Jean-Jacques Ambroise. Si on devait le fréquenter, il fallait faire attention.



(...)


Nous fûmes très étonnés d’entendre un de nos professeurs qui défendait un accusé connu et réputé pour sorcellerie et auteur d’un crime suscité par la superstition, prendre brillamment la parole avec des accents révolutionnaires et lyriques directement issus de la monographie de Jacques Roumain intitulée " À propos de la campagne anti-superstitieuse ". Le plaidoyer du professeur allait crescendo, on ne lui connaissait ni une si vaste culture ni un pareil talent oratoire et la conclusion nous enthousiasma : " … Le paysan haïtien n’est pas plus superstitieux ou arriéré, à conditions économiques égales, qu’un paysan breton ou tyrolien… Le peuple haïtien dans son énorme majorité, malgré les progrès géants du protestantisme, est catholique. La greffe du vaudouisme correspond à un processus historique naturel… Si l’on veut changer la mentalité religieuse archaïque de notre paysan, il faut l’éduquer. Et on ne peut l’éduquer sans transformer en même temps sa condition matérielle…Tant que nous n’aurons pas développé un système suffisant de cliniques rurales, le paysan ira consulter le bocor. Et il aura raison de le faire.


(...)

Quelques années plus tard, à Paris, un ami est venu me voir, c’était en 1970, il voulait organiser une exposition de peinture naïve à Laval, la ville du douanier Rousseau. Sans hésiter j’ai proposé – et cela fut accepté – que cette exposition, intitulée " Peintres haïtiens et Vaudou ", soit dédiée à la mémoire de Jacques Roumain et d’Aimé Césaire. J’en ai d’ailleurs préfacé le catalogue. Mon ami Jean-Pierre Bouvet, conservateur du musée de Laval qui n’est malheureusement plus de ce monde écrivait " La peinture d’Haïti témoigne de l’originalité d’un peuple et de le prise de conscience de celui-ci de l’universalité de son langage. Cette exposition est dédiée à Jacques Roumain et Aimé Césaire, deux hommes dont la démarche exemplaire et fraternelle, incarne particulièrement cette double exigence ".
En dehors de cette exposition je n’ai jamais parlé de Roumain sauf par deux fois à Port-au-Prince avec Jean Fouchard dont il était l’ami et avec René Piquion. M’entendant évoquer avec ferveur Jacques Roumain, Fouchard m’a dit " Jacques était très humain mais parfois cabotin ", il me disait cela avec sérénité, riant encore de ce qui s’était passé entre eux. Jean m’appelait dans toute sa correspondance mon " to-caye " pour dire que nous portions le même prénom. Il m’a confié qu’il lui était impossible dans ses tête-à-tête avec Jacques de lui apprendre quoi que ce soit, celui-ci se présentait comme sachant tout, comme étant au courant de tout. Un jour Fouchard excédé par cette prétendue omni-science a voulu lui jouer un tour : il a inventé un écrivain libanais sans existence réelle mais qui portait le nom d’un commerçant libanais de la place de Port-au-Prince, il demanda à Jacques " connais-tu un tel ? " et Jacques lui a répondu imperturbablement et de façon très convaincante " bien sûr ", prêt à s’exprimer sur cet auteur fantaisiste. C’est le seul travers que Fouchard connaissait à son ami.
Avec René Piquion, la conversation était plus argumentée : " Mon cher Jean, me disait Piquion, Jacques était à l’évidence un grand bonhomme. Il en jetait. Et il n’y avait place que pour lui. C’est parfois le petit côté des grands hommes. Il était d’ailleurs servi par une autorité naturelle, un charisme, un charme au sens étymologique du terme. Mais c’est son admirateur Jacques Stephen Alexis qui lui a donné toute la place, à tel point que les critiques n’osent pas lui attribuer la première place dans la galerie des romanciers contemporains et donc prennent acte de cet hommage excessif et enflammé.
Toutes les personnes que j’ai rencontrées m’ont confirmé l’excellence de mon Roumain, cependant un certain témoignage dont j’ai eu vent très tard a un instant ébranlé ma confiance. Je l’ai trouvé dans le livre de Marcel d’Hans sur Haïti intitulé " Haïti. Paysage et Société " " Si, suite à l’occupation américaine, le folklore du militarisme caco passe définitivement à l’histoire, on ne peut pas dire pour autant que le niveau du débat politique haïtien devienne satisfaisant. En effet, grâce à la relative ouverture du pays sur le monde extérieur, l’intelligentsia haïtienne a soudain découvert toute la panoplie des idéologies modernes ; mais hélas, elle y effectue ses choix comme dans un catalogue de ventes par correspondance. Un seul exemple : en 1934, Jacques Roumain fonde le Parti Communiste Haïtien moins de sept ans après avoir publié ceci : « Nous préconisons par-dessus tout l’union. Le terme resplendit au fronton des associations fascistes : le Faisceau, et fait honneur au Duce, nous le ferons connaître ». Bref, le souci de" faire moderne " l’emportant très souvent sur la conviction, voire même sur la simple compréhension des enjeux, il s’ensuit que bien que les acteurs de la politique haïtienne s’appliquent désormais à traduire leurs querelles de famille, de clans, de clocher, d’épiciers, dans une phraséologie théoriquement repérable sur l’échiquier idéologique international, ceci ne contribue pas forcément à rendre plus limpide le jeu de la politique haïtienne ". Roumain avait-il dérapé ? Quoi qu’il en soit, comme l’a écrit Anthony Lespès " Jacques Roumain a accompli son destin magnifique qui fut d’annoncer notre époque, de l’expliquer, de la préparer. Mais la mort, pour lui, n’a jamais été une fin. Elle n’est pas une évasion. Elle devient un moyen de domination et de maîtrise de soi et du monde ".
Oui, comme l’a écrit Brierre, reprenant le mot de Lespès, dans une belle suite poétique : nous garderons le dieu.

Jean Métellus

Source : Le blog de Jean Métellus Mon Roumain à moi

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1 commentaires:

Anonyme a dit…

salut.
quels sont les thèmes accentués dans l'oeuvre de l'écrivain DANY LAFERRIERE,et qui a pour titre "l'énigme de retour"?

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« (…) Je tenterais même d’expliquer que si Haïti connaît le sort qui est le sien c’est à cause de la jalousie d’un monde qui n’a jamais vu d’un bon œil se développer dans cette partie des caraïbes un peuple capable de réaliser toutes les grandes œuvres humaines (...). »
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